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NOTRE CRITIQUE DU MOISLe LATIN MONK 5tet selon Matthieu Mavridis.

Thelonious Monk parlait-il latin ? L’excellent livre de Laurent de Wilde sur le compositeur et pianiste natif de Caroline du Nord ne le dit pas. Une formation de musiciens aguerris, le « Latin Monk » quintet, a entrepris de chercher une réponse, non pas par l’archive, mais par l’expérimentation : soient une série de compositions originales de Monk, comme Nutty, Pannonica, In Walked Bud, Bolivar Blues, qui sont unanimement reconnues comme des classiques du jazz d’après-guerre. Ces thèmes qui tirent leurs racines dans le rythme du stride des années 20, le déhanché du swing des années 30, et l’harmonie tendue du be-bop des années 40, ne s’y réduisent pourtant pas. Etoile filante qui trace un sillon très singulier dans l’histoire du jazz, Monk livre des compositions anguleuses et pourtant évidentes, qui accrochent l’oreille sans pourtant céder aux tentations faciles.

Soient ensuite cinq personnalités du jazz vivant ancrées dans la grande région Occitanie : le contrebassiste Michel Altier, le batteur et percussionniste Jérôme Viollet, le pianiste Olivier Caillard, les saxophonistes Serge Casero et Gabriel Fernandez.

L’énoncé du problème est le suivant : les compositions de Monk ont-elles en elles des réserves qui leur permettent de rencontrer les rythmes et les couleurs des musiques latines, afro-cubaines et sud américaines ? Si les compositions de Monk étaient simplement « du jazz », cela paraîtrait un peu forcé, et il faudrait lui faire perdre son identité be-bop pour lui faire prendre un accent étranger. Mais les compositions de Monk sont avant tout « du Monk ». Les placements rythmiques, les ritournelles se prêtent finalement à l’expérimentation.

Le protocole : démocratique avant tout. Le Latin Monk est un quintet sans leader officiel, où chacun propose un morceau, un arrangement, et gagne l’accord des autres, qui participent d’autant mieux à la construction commune que chacun est autonome. La règle : ne pas trahir le thème monkien, mais lui offrir un nouveau terrain de jeu collectif.

Et le résultat est à la hauteur de l’expérience : des thèmes qui se réjouissent de se trouver dans des contextes neufs, comme cet In Walked Bud, composé en 4 temps, et qui ici s’épanouit dans une métrique à 5 temps, sans pourtant être indûment étiré ou maltraité, ou ce Bolivar Blues qui ne déplairait pas aux danseurs du Carnaval de Rio…

Et l’expérience a pu prendre aussi parce que personne ne cherche à imiter Monk, et surtout pas le pianiste Olivier Caillard, qui sait bien que la caricature du jeu si personnel de Monk ferait perdre tout son sens au projet. Au contraire, chacun sert les thèmes en les transposant dans un univers rythmique et harmonique où ils continuent à déployer leurs potentialités. De même, Serge Casero et Gabriel Fernandez offrent, entre les sax ténor, alto et soprano, toute une palette sonore qui donne aux ritournelles monkiennes des arrangements d’une riche texture.

On a pu entendre le Latin Monk lors de deux soirées « Jazz club » au théâtre sortieOuest à Béziers les 11 et 12 novembre, où set après set, le quintet a fait entendre les accents latins de cette musique. D’ailleurs, le jazz, n’est-ce pas d’abord une question d’accent ?

 

 

 

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